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Comme un poisson dans un bocal

Une petite nouvelle à lire dans la salle d’attente de votre médecin ou pendant votre trajet de bus 😉

Je vous souhaite une agréable lecture 🙂

« C’est le plus beau jour de ma vie !!! », la phrase qu’elles aiment toutes dire, mot pour mot, avec un large sourire dévoilant une dentition parfaite, les larmes au bord des yeux, le petit mouchoir au coin du nez dévoilant une niaiserie à faire frissonner un Esquimau.

J’aurais pu voir en cette journée particulière les prémices du plus beau jour de ma vie, mais il fut à mon grand regret un des plus désastreux et humiliant.

J’étais assise, le dos courbé et les épaules tombantes sur une petite chaise blanche, affublée d’une monstrueuse robe violette bouffante m’arrivant au milieu des chevilles. De larges épaulettes finissaient cette tenue qui aurait été de très mauvais goût même dans les années 80. Sur toute la largeur de ma poitrine trônait une grosse tâche de gâteau bien incrustée. Ma coiffure n’avait pas pu relever le niveau, je ressemblais à un petit bélier avec les cornes cassées. J’accompagnais ce merveilleux déguisement d’un grand verre de vin rouge tentant d’oublier les événements successifs de cette interminable journée.

Pourtant, l’annonce de ce jour avait plutôt bien démarré. Ma meilleure amie m’avait demandé d’être sa demoiselle d’honneur. J’avais vu cette demande comme un cadeau d’Amandine, la future mariée, une envie de partager avec moi un moment exceptionnel. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il serait à ce point empoisonné.

Ma première grave erreur fut de lui laisser choisir la robe que j’allais porter et de ne pas l’avoir même vu de très loin avant le jour du mariage. J’avais confiance en ses goûts et son jugement, pourtant je me demandais encore quelle maladie binoclarde elle avait pu contracter le jour de cet achat, elle aurait mieux fait de se fouler un ongle ou de s’enrhumer les oreilles. Je ressemblais aux sœurs mégères de Cendrillon, en d’autres termes je dirais qu’on était sur une tentative d’élégance ratée, un bouton d’acné se faisant passer pour un grain de beauté. Imposante, mal ajustée et complètement démodée, j’avais l’air complètement ridicule. Cependant, j’aurais pu lui pardonner si en plus de cela elle n’avait pas insisté pour que ce soit sa coiffeuse qui s’occupe de mes cheveux. Le résultat me glaça littéralement le sang, mais le temps ne nous permettait plus de changer.

C’était comme ça qu’avait débuté ma longue, très longue journée.

Mais en tant que meilleure amie et demoiselle d’honneur, mon devoir était qu’Amandine soit comblée et même si j’étais loin d’être à mon avantage. Ce jour était le sien et j’avais envie du meilleur pour elle, enfin c’était ce que je croyais.

Amandine s’était transformée en monstre, celui qui séduisait par sa beauté et son sourire, mais devenait perfide et vorace dès que vous aviez le dos tourné. Je vous assure que ce n’était absolument pas une métaphore. J’avais l’impression de voir ses dents acérées chaque fois qu’elle les dévoilait.

« Chris, apporte mes chaussures ! », « Chris prend mes retouches maquillages ! », « Chris, tamponne-moi le front ! », « Chris, tiens ma traîne bon sang, tu ne vois pas qu’elle ramasse tout sur son passage ! »

J’étais devenue une sorte d’esclave, de larbin mal froqué. Elle paraissait heureuse, elle souriait, s’assurait que ses invités ne manquaient de rien, qu’ils s’amusaient et prenaient du bon temps. Cependant, je ne faisais pas partie de cette catégorie. Elle considérait que je devais être là pour elle, pour l’accompagner au petit coin et lui torcher les fesses. À quoi pouvait bien servir de prendre une demoiselle d’honneur si elle ne pouvait pas se soumettre à vos moindres désirs ? Je commençais à penser que le choix de ma robe n’était pas anodin et qu’il servirait à la mettre en lumière. En me mettant dans l’ombre, elle pourrait étinceler sans risque de se faire chiper la vedette. Mais même l’ombre ne voulait pas de moi. Mon amie s’était montrée sous un tout autre visage, ce qui me fit penser que la notion d’amitié était bien subjective.

Lorsque la cérémonie fut terminée, je ressentis un réel soulagement, une délivrance. Nous allions enfin pouvoir profiter de la soirée et j’allais être débarrassée de ce rôle qui ne m’allait absolument pas et qui me laissait un goût amer. Mais lorsqu’une journée débutait de la sorte, vous vous doutez bien qu’elle ne pouvait se terminer qu’en apocalypse.

À table, Amandine m’avait placé à côté de Stéphane, son cousin célibataire. Elle s’était mise en tête qu’il pourrait être un garçon bien pour moi. Stéphane était grand, beau, fort, en un mot un physique absolument parfait. Mais Stéphane avait un trait de caractère prédominant : sa capacité à s’aimer. Il s’aimait énormément, intensément, s’il avait pu s’embrasser, se rouler des pelles, il l’aurait fait sans hésiter. J’avais dû passer la plus grande partie du repas à écouter ses exploits à la salle de sport et ses astuces concernant son régime alimentaire, régime qu’il m’avait conseillé, soit dit en passant, pour retrouver un plus joli galbe de mon corps. Si j’avais été une personne avec un tout petit peu de cruauté, je lui aurais dit avec plaisir qu’il me faisait penser à un dromadaire sur la banquise. Mais ma grande politesse voulue que je lui souris et m’enfile trois grosses bouchées de quiche en évitant de mâcher au passage. J’avais fini par réussir à lui trouver une oreille attentive en la personne de Marie et m’éclipser gentiment.

Le moment tant attendu du gâteau était enfin arrivé, il allait mettre fin à mes souffrances et me permettre de regagner mon chez-moi avec encore un semblant de dignité, mais c’était sans compter sur Amandine et ma formidable maladresse.

« Chris ! Chris ! Les serveuses ont foutu le camp et j’ai besoin de toi pour amener le gâteau ! »

Étrangement, aujourd’hui, ma « meilleure amie » avait perdu toute notion de politesse, les « s’il te plaît » ou « merci » ne faisait plus partie de son vocabulaire. Je lui fis un superbe sourire crispé ainsi qu’une révérence moqueuse et partis en cuisine pour amener le gâteau de princesse. J’allumais les bâtons étincelles et poussais le chariot à roulette vers la salle. Les gens tapaient dans les mains, applaudissant l’arrivée de l’énorme pièce montée accompagnée d’une musique bien trop kitch à mon goût. J’étais presque arrivée auprès des mariés lorsqu’un de mes talons céda sous mon pied droit m’entraînant dans une chute vertigineuse. Je voulus me rattraper à la table, mais agrippais la nappe sur laquelle était posé le gâteau qui entama une chute dans ma direction. J’avais l’impression de vivre la scène au ralenti, Amandine les mains posées sur sa bouche grande ouverte de terreur et le gâteau qui me tombait droit sur le visage. Personne ne put rien y faire et le gâteau vint s’écraser exactement là où il ne fallait pas : sur moi. J’étais allongée contemplant le plafond, les vestiges du dessert sur ma poitrine, écoutant les cris d’horreur d’Amandine.

Oui, cette journée fut une vraie déception, loin du merveilleux jour que je m’en étais fait. J’étais assise un verre à la main, une robe tachée, un talon cassé et je regardais les gens danser. Je donnais l’impression d’avoir fait une overdose de camomille.

— Je peux m’asseoir ?

Anthony, le frère d’Amandine, l’homme de mes rêves, celui sur qui j’avais toujours eu des vues sans que jamais il ne me remarque, décidait, aujourd’hui, de m’adresser la parole. Comment ce jour pouvait être pire que celui-ci ? Avait-il pitié de cette pauvre fille assise toute seule dans un état déplorable sur une petite chaise au fond de la salle ?

— Oui bien sûr, lui répondis-je sans même oser un regard dans sa direction.

Il resta silencieux pendant de longues minutes, laissant progressivement mes pommettes rougir. Il finit par rompre le silence et sa question enfonça le clou de cette soirée.

— Dis-moi, Chris…

Il connaissait mon prénom, mon cœur palpitait.

— Tu penses que j’ai une chance avec Adèle ?

Je me levais lentement, me retournais vers lui les yeux fermés en prenant une profonde respiration. Je pris dans ma main une grande part de gâteau que j’étalais joyeusement sur toute la surface de son visage en affichant un sourire des plus satisfaits puis quittais la petite fête, sans dire au revoir, heureuse de cette dernière action libératrice.

Oui cette journée était désastreuse, mais elle m’avait fait prendre conscience que je ne prenais pas la bonne direction, qu’on devait rester maître de ses actes et rester digne quoiqu’il arrive. Cette journée était désastreuse, mais amorçait déjà les plus jours de ma vie !

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